Église Sainte Radegonde (Poitiers (centre-ville))

France / Poitou-Charentes / Poitiers / Poitiers (centre-ville)
 église, Monument classé
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En 587, la princesse thuringienne Radegonde, ancienne épouse du roi Clotaire Ie, est enterrée dans l’église Sainte-Marie-hors-les-Murs, qu’elle venait de faire construire pour un collège de prêtres, non loin de son monastère Sainte-Croix. L’église prend alors le vocable de « Sainte-Radegonde », et le tombeau devient l’objet d’une vénération qui a connu de grands moments jusqu’à nos jours. Rien ne subsiste du bâtiment initial.


L’édifice se présente actuellement avec des parties romanes (le chœur et le clocher-porche) réunies par une nef gothique. Terminé avant la consécration de 1099, et probablement élevé en deux campagnes (avant et après un incendie survenu en 1083), le monument du XIe siècle possède, comme de nombreuses églises contemporaines de Poitiers, un chœur à déambulatoire et à chapelles rayonnantes qui sont adaptés à la circulation des pèlerins. Un plan polygonal du chœur, assez rare, ainsi qu’un éclairage dans la partie supérieure, lui donne rigueur et élégance, qualités particulièrement visibles à l’extérieur. Dans cette partie orientale, les peintures de la voûte sont, pour la plupart, des restitutions du XIXe siècle.

Les chapiteaux apparaissent caractéristiques de ce début de l’époque romane, qui vit l’éclosion de la sculpture monumentale. Des végétaux dérivés du corinthien antique prédominent dans les petits chapiteaux des absidioles et du déambulatoire, tandis que les gros chapiteaux du rond-point de colonnes s’enrichissent de feuilles superposées, de lions dressés (motif ornemental qui souligne de façon heureuse la verticalité de l’architecture), et de quelques scènes à message chrétien (Daniel entre les lions...).
La crypte à demi enterrée, a subi trop de transformations pour qu’on puisse comprendre son aspect ancien. La statue de la sainte, commandée vers 1652-1653 au sculpteur Nicolas Legendre par la régente Anne d’Autriche, possède certains des traits de cette reine. Des investigations archéologiques ont révélé l’existence, à l’intérieur du sarcophage ancien, de reliques contenues dans un petit coffret de plomb hermétiquement clos depuis 1566.
Sous le très beau clocher occidental, deux plaques romanes sculptées, sans doute placées autrefois à l’extérieur, ont été remployées. L’une représente le Christ en majesté, l’autre une femme couronnée (La Vierge ou Radegonde).

Entre ces deux parties romanes, la nef semble mal adaptée. C’est une nef unique (sans collatéral), composée de quatre grandes travées carrées dont les murs et le couvrement rappellent la cathédrale voisine. Les voûtes très bombées sont articulées par des nervures d’un profil simple et élégant. Les caractères de détails (les fenêtres surtout) révèlent deux étapes de construction : l’une, à l’est vers 1200, l’autre environ cinquante ans plus tard. Une coursière de circulation divise la paroi en deux niveaux. A noter, la sculpture pittoresque des consoles qui supportent la coursière, souvent d’une grande qualité (ainsi le roi courbé du mur nord). Comme à la cathédrale, la réfection des enduits a récemment mis en valeur la peinture d’origine de la voûte occidentale. La technique de construction, ainsi que l’effet produit, font ranger cette œuvre dans le style gothique « angevin ». Le décor, qui associe architecture, sculpture et peinture, est également caractéristique de ce domaine artistique de l’Ouest.
Les vitraux sont en partie authentiques, bien que leurs médaillons aient été complétés et remontés à diverses reprises dans un certain désordre. Il est devenu difficile de reconnaître la vie de sainte Radegonde, le Jugement dernier, et l’Enfance du Christ (panneaux du nord, à gauche en entrant). Les maîtres-verriers ont utilisé ici l’alternance entre la couleur et la grisaille (verres incolores non historiés), ce qui permet d’éclairer davantage et constitue une nouvelle tendance de l’époque (vers 1270).

Une chapelle est adossée au mur sud : elle est aussi de style angevin. Sa structure et son décor renvoient à de nombreux édifices construits dans la région de Saumur et d’Angers au début du XIIIe siècle : les huit nervures principales sont réunies deux à deux par des arcs, dont certains coupent les quatre angles en formant des sortes de trompes ; la voûte s’appuie sur des tronçons de colonnes et des motifs sculptés pittoresques ; un Christ bénissant orne la grande clef de voûte.

L’église Sainte-Radegonde a été embellie à l’âge du style flamboyant (fin XVe siècle). La façade occidentale a été alors enrichie par des niches, socles et dais, destinés à recevoir des statues, disparues depuis (les statues actuelles sont modernes). De la même époque date un parvis exceptionnellement bien conservé : des lions sont encore visibles sur les murets ; ces animaux symboliques sont associés aux fonctions de justice du lieu (ici la justice du chapitre de chanoines).
Villes proches:
Coordonnées :   46°34'47"N   0°21'7"E
Cet article a été modifié il y a 13 ans