Maison des Quatrans (Caen)

France / Basse-Normandie / Caen / Rue de Geôle, 25
 maison, résidence, lieu touristique, intéressant, Monument classé

La famille des Quatrans, tabellions du roi à Caen, se fit construire cette maison à la fin du XIVe siècle. Elle fut confisquée par les Anglais après la prise de la ville en 1417 et reconstruite dans la deuxième moitié du XVe siècle.

Parties protégées : maison en totalité et terrain contigu
Protection : CLMH, 24/07/1953
Propriétaire : Région Basse-Normandie
Villes proches:
Coordonnées :   49°11'5"N   -0°21'45"E

Commentaires

  • Dans l’une des rues les plus importantes de la cité, puisqu’elle reliait la porte Saint-Julien à la place Saint-Pierre, la famille des Quatrans, tabellions du roi à Caen, se fit construire un hôtel à la fin du 14e. Fidèle au roi, Thomas Quatrans émigra en 1417 avant la prise de la ville par les troupes anglaises et sa maison fut confisquée et donnée à un chevalier anglais. Elle fut ensuite reconstruite dans la deuxième moitié du 15e. Avec les n°52 et 54 de la rue Saint-Pierre, cette maison est une des rares survivances de l’architecture médiévale civile à Caen. Comme souvent dans la cité ducale, seule la façade (sur mur gouttereau) donnant sur rue est construite en pans de bois pour des raisons essentiellement esthétique Chaque étage est un peu en saillie sur l’étage inférieure. Très sobre dans sa décoration, cette façade a permis un maximum d'ouvertures sur la rue ; les fenêtres furent agrandies au 19e, mais on reconstitua les petites baies lors des restaurations nécessaires après les bombardements de 1944. Pour comprendre cette utilisation purement esthétique du bois, il faut rappeler l’importance de l’extraction de la pierre de Caen au Moyen-âge et donc l’abondance de ce matériau qui limitait singulièrement l’usage du bois dans la construction proprement dite. Beaucoup de maisons de haut rang avaient de telles façades, souvent en pignon comme les n°52 et 54 de la rue Saint-Pierre, mais le corps principal de la maison était en pierre. A l’arrière, on abrita l’escalier dans une tour polygonale surmontée d’une chambre haute rectangulaire reposant sur des trompes caennaises, typique de la région. En 1944, lors des bombardements, les toitures furent soufflées et les maçonneries fortement ébranlées, notamment le pignon sud et la tourelle de l’escalier. En 1945 fut ouverte une instance de classement pour la maison des Quatrans ; il fut définitivement prononcé en 1953. En 1948, l’association syndicale de remembrement émit le vœu que la maison des Quatrans soit déplacée, mais finalement on décida de modifier le tracé de la nouvelle rue de Geôle. En mai 1951, l’entreprise Lefèvre, particulièrement incompétente , fut chargée de la dépose de la partie supérieure de la tourelle d’escalier en vue de sa restauration ; ce travail fut effectué brutalement et la tourelle fut totalement détruite. La chambre haute ne put donc pas être reconstruite. Les projets de reconstruction du quartier bouleversèrent totalement la physionomie du quartier. Jusqu’en 1950, la première phase de la Reconstruction opérait avec un langage architectural qui se prétendait « traditionnel » (utilisation de toitures à fortes pentes construction des immeubles le long des voies) ; mais en 1953, le projet d’Henry Delacroix qui est présenté pour l’ensemble d’immeubles des Quatrans apparut comme le brusque surgissement de formes et de thèmes modernes. Malgré les fortes réticences des Monuments historiques, ce projet fut exécuté. La logique des îlots est totalement pulvérisée : les rues serpentent sous les immeubles et les bâtiments sont à cheval sur plusieurs îlots. Au niveau du sol règne une nappe de constructions basses composées d’un rez-de-chaussée parfois surmonté d’un étage ; au-dessus émergent les volumes des bâtiments de logements, discontinus. Ils sont composés de barres parallèles et d’une tour. On retrouve ainsi dans le quartier des Quatrans bien des caractéristiques des Grands Ensembles (la gestion collective du sol, l’autonomie du projet, la taille, la volonté de loger décemment une population modeste) . Avant 1944, l’hôtel des Quatrans était au cœur d’un quartier dense et faisait partie d’une chaîne d’hôtels particuliers qui s’alignaient le long de la rue de Geôle. Il se retrouve aujourd’hui doublement isolé du fait, d’une part de la démolition vers 1960 des maisons ayant survécu aux bombardements, afin d’élargir la rue de Geôle et de dégager la vue sur le château, et d’autre part, de sa position en retrait du dispositif urbain moderne qui lui tourne le dos, la maison se trouvant ainsi coupée de ce qui tient lieu de cœur du quartier, la place Letellier. En définitive, la maison des Quatrans a donc malheureusement été projetée aux marges du centre-ville. Jusqu’en 1944, l’hôtel a conservé sa fonction d’habitation. En 1945, l’administration des Monuments historiques lança une procédure d’acquisition de cet immeuble et y installa son agence dès 1953. De 1958 à 1960, on dessina le projet du jardin. Il décide alors de le clore, mais en l’entourant d’une grille qui permet de « laisser passer le regard » vers l’intérieur de l’îlot ; c’est une sorte de jardin archéologique où sont entreposées des pierres sculptées récupérées dans les ruines. Par suite de l’extension des missions de la conservation, puis des services de la DRAC, la maison des Quatrans est devenue de plus en plus inadaptée à ses fonctions ; la DRAC a alors déménagé pour intégrer des locaux du Bon-Sauveur, rue Saint-Ouen. La Maison des Quatrans accueille aujourd’hui plusieurs associations culturelles, notamment le Centre d'Art polyphonique de Basse-Normandie.
Cet article a été modifié il y a 13 ans